vendredi 11 septembre 2009

Envoyez la musique

Monsieur Loyal dans son costume de scène est tiré à quatre épingles. Cheveux lissés et gominés, mains manucurées. Il roule les R lorsqu'il endosse son personnage qui présente le spectacle sous une pluie d'applaudissements.

La faune sauvage défile tandis qu'en coulisses la faune humaine s'agite, s'échauffe ou gesticule, des paillettes de mille couleurs, des couleurs de mille feux rien ne semble coordonné. Les numéros se suivent en un cortège bien rythmé, derrière lui l'orchestre suit le jeu.

Lorsque tous ont salué et que le cirque se vide monsieur Loyal rentre chez lui. Sa femme est funambule. Trop occupé à son sérieux et à sa propre fête, trop imbu ou suffisant il est atteint d'une myopie foudroyante. Quand il rentre chaque soir vidé d'avoir tant donné il devient irascible. Enfoncé dans son fauteuil princier il donne des coups de mots violents à qui le frôle d'un regard ou d'un geste innocent et maladroit.


Sa femme est là comme toujours, occupée à sa vie parallèle de femme active. Elle plie le linge , s'occupe de faire les courses, s'affaire au bon déroulement de la croissance des enfants. Elle court en tous sens comme une mouche affolée et prise au piège.

Elle essuie les sarcasmes qui virevoltent et qui lui font penser aux torches enflammées de son ami jongleur qui font un bruit sourd quand il se loupe .


Madame Loyal est une maligne elle s'est achetée un sourire qu'elle peut chausser à tout instant. D'un geste sur l'épaule, d'un regard rassurant elle sait calmer les regards interrogateurs . Mais de ses yeux un peu violacés,de ses pertes de mémoires récurrentes et de son coeur sec qui la trahissent, il ne voit rien.

Puis Monsieur Loyal s'endort de son sommeil lourd et sonore. Elle se retrouve face à elle et peut regarder la lune et les étoiles pour se dire : "Je me retire à la campagne, pour vérifier si l'herbe est toujours verte et douce sous les doigts de pieds". Au temps où elle était saltimbanque occupée à faire de la peinture, elle s'essayait à la sculpture ou bien à l'écriture. Elle courrait la campagne, allait à la pêche. C'était un temps où il y avait de l'eau dans les rivières, un temps où les champs n'étaient pas clôturés. Elle faisait des cabanes qui ne servaient à rien une fois achevées. Elle grimpait aux arbres et regardait le monde en se cachant. Elle sautait les marches défiant l'apesanteur et le destin chaussée de patins à roulettes. "Je vais y prendre mon vélo et pédaler assez longtemps pour que le vent vienne frapper mes joues rosies par la fraîcheur ou le soleil mourant. Je veux oublier pour quelques temps les bruits des moteurs, les voies qui s'exclament dans toutes les langues , s'esclaffent et éclaboussent comme une explosion de confettis . Je veux entendre les oiseaux, le bruit des feuilles dans les arbres et le soleil brûlant sur ma peau citadine et enfin dormir longtemps." Se reposer quelques temps pour prendre deux trois décisions reportées sans cesse obstinément. S'obliger à ne pas penser peut devenir un travail à plein temps.


Mais demain il fera jour. Monsieur Loyal se réveillera. Le balais incessant des choses du quotidien emportera un peu plus loin et pour quelques temps,ces réflexions nocturnes qui se tapissent entre les fougères en attendant leur temps.

vendredi 28 août 2009


mardi 25 août 2009

Bipède

Suspendue à tes lèvres comme un piercing un peu voyant
dans ma robe rose pailletée,
j'attends près du téléphone en écoutant un medley de Gainsbourg.
Jusqu'ici rien de grave,
un peu de temps à perdre
l'air est doux et tu dois téléphoner.
Je trace sur mon vieux cahier quelques mots
en m'interrogeant sur l'orthographe à adopter.
Du même coup,
je me demande quelle classe j'ai bien pu louper
pour être aussi médiocre!
Je suis vautrée comme une guimauve sur le fauteuil en cuir
et je pourrais t'écrire un poème.
Viens sortons un peu voir si l'herbe est fraîche
et allons regarder les arbres à l'envers.
Allons voir une expo quelconque bras dessus bras dessous
en sifflant d'un air léger qu'on est heureux d'être ensemble.
Parlons de la lumière et de l'ombre...
Tiens, si nous faisions des ombres chinoises avec nos corps
sur les quatre murs de la chambre?
Je pourrais te glisser à l'oreille....
J'allume une clope à l'aide du briquet posé à la droite du paquet
sur la table de salon.
En constatant cela je me demande si je le fais toujours?
Il faudra que je me surveille pour voir si c'est une habitude.
Ça fait combien de temps que je gratte sur le papier maintenant?
Je vérifie si mon portable silencieux est toujours en état de marche.
La colère me gagne et j'écris maintenant une longue tirade à ton sujet.
Tu n'as aucune parole!
Pourquoi es-tu aussi catégorique
lorsque tu certifies me téléphoner dans une tranche horaire précise?
Je te déteste d'avoir cette vilaine habitude
qui se répercute sur mon humeur
comme une coulée de caramel sur un flan.
Si tu appelles je ne décroche pas, ça te fera les pieds.
Quand je te verrai au hasard des rues,
je te dirai que je me suis envoyée en l'air,
en large en long et en travers pendant dix heures,
que je n'ai fait des poses que pour attraper une bouteille d'eau.
J'ai failli me brûler avec ma clope.
Il parait que les guimauves grillées sont délicieuses.
Il faudra que j'essaie un jour, afin d'avoir un avis tranché sur le sujet.
Ça fera toujours un truc de moins à faire
et un truc palpitant à raconter lors d'un dîner d'affaire
auquel je ne participe pas.
Il faut savoir se donner des priorités et des objectifs à sa portée
si on ne veut pas se décevoir.
L'heure limite est atteinte.
J'éteins cet imbécile de portable,
je ferme à Gainsbourg sa grande gueule
de chanteur de douceurs allongées.
Je me réfugie devant la glace et me défais.
Mes cheveux d'abord que j'avais fait l'effort de coiffer.
Ma robe qui finalement me boudine
comme une pastèque engoncée dans une taille barbie.
J'enfile vaillamment mon peignoir tue l'amour
je ressemble maintenant à Bob l'éponge au féminin.
J'appelle mes copines,
on décapsule les bières devant un match de rugby
en beuglant à la manière de poissonnières les jours de marché.
Quand elles repartent, je rallume mon portable
finalement tu as appelé avec trois heures de retard.
J'entends ta jolie voix au bout du fil qui se confond en plates excuses... gnagnagna.
Trot tard je suis trop crevée.

lundi 17 août 2009



mercredi 12 août 2009

Petits bouts de vie

J'ai vos doigts fluets dans mes mains nous marchons côte à côte,
ils me semblent si fragiles!
J'ai peur de vous serrer trop fort et vous briser les phalanges.
Je vous embarque dans ma vie vous culbutant à mes propres portes
qui se ferment et celles qui s'ouvrent parfois.
De vos yeux bleus que j'ai créé de mes nuits rondes,
vous me regarder et un large sourire s'épanouit
sur vos joues pleines de votre visage juvénile.
Je deviens alors une maman invincible
qui vient de vaincre contre tous ceux qui n'y croyaient pas.
Cette instant là restera gravé dans ma mémoire toute ma vie.
Comme ces mots que vous me glissez lors de moments calfeutrés que nous nous accordons à la nuit tombée dans le moelleux de votre lit : maman je t'aime.
La tête me tourne et je chavire.
Je n'ai même pas encore le coeur assez grand pour porter tout l'amour que j'ai pour vous.
En attendant que vous deveniez ce que vous voudrez bien devenir,
je vous regarde,
émerveillée par ces bouts de bonnes femmes en devenir.
Vous vous agitez contre les injustices,
pestez contre le monde qui va mal.
Je vous observe recueillir dans un bocal les insectes
pour les regarder se mouvoir pendant des heures.
Vous créez une bataille en mélangeant plusieurs espèces
ou vous leur donnez des feuilles pour qu'au contraire ils survivent.
Ça rampe, ça vole, ça s'agite avec de minuscules pattes
s'accrochant aux parois transparentes ou au couvercle
pour retomber inlassablement.
Le chat arrive en majesté la queue dressée
le sourire au coin de la gueule comme toujours.
Il vient se faufiler dans vos jeux pour qu'on s'occupe de lui.
Il se frotte à vos jambes l'air de rien, vous entreprenez une caresse,
c'est partie pour une course poursuite avec lui
et une partie de cache cache est improvisée .
J'aime aussi vous voir vous blottir contre moi lorsque je bouquine pour savoir de quoi ça parle et suivre du bout du doigt
où mes yeux peuvent bien courir.
Sur la pointe des pieds vous partez un instant et revenez avec vos trésors que vous avez emballez dans un papier cadeau de fortune
un marque page personnalisé,
un dessin ou une histoire que vous venez d'écrire.
Alors je lis à voix haute cette composition
en prenant soin de ne rien abîmer
pour que de vos voix d'enfants je ne me fasse fâcher.
Ce courroux se terminera de toute façon en bagarre générale.
J'aurais alors retrouvé mes dix ans à coups de chatouilles et de bisous roulées les unes sur les autres il n'y a plus de frontières.
Je m'enfuis en courant vers la cuisine,
j'ai perdu encore une fois mais c'était entendu, attendu.
Un petit coup d'oeil à la pendule, je ramène alors l'ordre d'un mot :
" il est l'heure de faire le dîner".

dimanche 9 août 2009