Ma boite métallique rectangulaire a un couvercle amovible à charnière. Elle est dépositaire de mille et une indiscrétions dans une cuisine qui transpire lorsque les convives se joignent à ma table.
Principal témoin sur l'identité des phalanges qui s'y sont plongées avant d'attraper les breuvages et d'apposer les mugs à des bouches qui deviendront vite bavardes. En cet instant, tout s'agite en des gestes précis, les cuillères teintent, les voix se mêlent et commettent les délits de langage dilués dans la fumée, sur l'existence intime et individuelle.
Elle devient sociologue et vous raconterait sans chantage des histoires vécues ou à venir. Elle vous conterait les destins de batailles de chacun sa chacune. Les luttes sur le bord d'un précipice, les fils tendus que l'on tient d'une main ferme pour ne pas que la barque s'éloigne aux regrets des envies. Ceux qui rament à deux mains et font de leur vie un champ fertile ou poussent des fleurs nourries par des cadavres de soucis. Ceux qui ont perdu une rame et tournent en rond comme un animal qui se mord la queue et qui avance quand même. Jusqu'à cette histoire incroyable, où certains attaquent la falaise à pleines dents oubliant où était le rivage, où ceux qui restent sur le rivage, frissonnants tout le long du corps en attendant le courage de se mettre à l'eau.
Ce coffret garde en lui toutes les questions qui flottent comme des lampions qu'on se presse d'éteindre avant de finir incendié au petit matin. Il peut vous dire jusqu'aux intonations qui déclanchent des crises de fou rire mêlées parfois de larmes et des larmes sans crises de rire. Tout ces contes mélangés à l'instar d'une pelote de laine dont un chaton s'est saisi pour jouer s'y emmêlant lui même.
C'est pourquoi je range cette indiscrète en m'assurant de fermer le couvercle pour qu'elle ne divulgue pas à des oreilles infidèles ce qui se passe lorsque l'on refait le monde autour de ma table au fond de ma cuisine.

silence face à de tels mots
RépondreSupprimerDes mots qui ruissellent en larmes peut-être et dévallent des escaliers en clair-obscur. J'observe les paliers poussiéreux qu'un soleil traitre éclaire et que le courant d'air d'un jupe décolle et laisse en suspension mobile dans l'air clame. Jamais de silence face à des mots. Il faut au contraire s'en emparer pour les faire vivre, ballons de baudruche que des enfants renvoient au ciel d'un bout de doigt. Je sens dans l'aube marine des raffûts joyeux.
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