Suspendue à tes lèvres comme un piercing un peu voyant
dans ma robe rose pailletée,
j'attends près du téléphone en écoutant un medley de Gainsbourg.
Jusqu'ici rien de grave,
un peu de temps à perdre
l'air est doux et tu dois téléphoner.
Je trace sur mon vieux cahier quelques mots
en m'interrogeant sur l'orthographe à adopter.
Du même coup,
je me demande quelle classe j'ai bien pu louper
pour être aussi médiocre!
Je suis vautrée comme une guimauve sur le fauteuil en cuir
et je pourrais t'écrire un poème.
Viens sortons un peu voir si l'herbe est fraîche
et allons regarder les arbres à l'envers.
Allons voir une expo quelconque bras dessus bras dessous
en sifflant d'un air léger qu'on est heureux d'être ensemble.
Parlons de la lumière et de l'ombre...
Tiens, si nous faisions des ombres chinoises avec nos corps
sur les quatre murs de la chambre?
Je pourrais te glisser à l'oreille....
J'allume une clope à l'aide du briquet posé à la droite du paquet
sur la table de salon.
En constatant cela je me demande si je le fais toujours?
Il faudra que je me surveille pour voir si c'est une habitude.
Ça fait combien de temps que je gratte sur le papier maintenant?
Je vérifie si mon portable silencieux est toujours en état de marche.
La colère me gagne et j'écris maintenant une longue tirade à ton sujet.
Tu n'as aucune parole!
Pourquoi es-tu aussi catégorique
lorsque tu certifies me téléphoner dans une tranche horaire précise?
Je te déteste d'avoir cette vilaine habitude
qui se répercute sur mon humeur
comme une coulée de caramel sur un flan.
Si tu appelles je ne décroche pas, ça te fera les pieds.
Quand je te verrai au hasard des rues,
je te dirai que je me suis envoyée en l'air,
en large en long et en travers pendant dix heures,
que je n'ai fait des poses que pour attraper une bouteille d'eau.
J'ai failli me brûler avec ma clope.
Il parait que les guimauves grillées sont délicieuses.
Il faudra que j'essaie un jour, afin d'avoir un avis tranché sur le sujet.
Ça fera toujours un truc de moins à faire
et un truc palpitant à raconter lors d'un dîner d'affaire
auquel je ne participe pas.
Il faut savoir se donner des priorités et des objectifs à sa portée
si on ne veut pas se décevoir.
L'heure limite est atteinte.
J'éteins cet imbécile de portable,
je ferme à Gainsbourg sa grande gueule
de chanteur de douceurs allongées.
Je me réfugie devant la glace et me défais.
Mes cheveux d'abord que j'avais fait l'effort de coiffer.
Ma robe qui finalement me boudine
comme une pastèque engoncée dans une taille barbie.
J'enfile vaillamment mon peignoir tue l'amour
je ressemble maintenant à Bob l'éponge au féminin.
J'appelle mes copines,
on décapsule les bières devant un match de rugby
en beuglant à la manière de poissonnières les jours de marché.
Quand elles repartent, je rallume mon portable
finalement tu as appelé avec trois heures de retard.
J'entends ta jolie voix au bout du fil qui se confond en plates excuses... gnagnagna.
Trot tard je suis trop crevée.

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